Suggestions de lecture de l’infolettre #4 : novembre 2017

Suggestions ESSAI

Couverture de Maternité, la face cachée du sexisme

Maternité, la face cachée du sexisme; Plaidoyer pour l’égalité parentale
Marilyse Hamelin (Leméac)

L’essai de Marilyse Hamelin est un fascinant et rigoureux tour d’horizon du sexisme encore très présent qui touchent les parents dans leurs tâches auprès de leurs enfants, mais aussi dans tout ce qui tourne autour de leur vie privée dans la sphère publique (des congés parentaux aux attentes genrées du rôle de parent). Bien que l’essai porte le titre de «Maternité, la face […]», cet essai s’adresse définitivement autant aux mères qu’aux pères avec autant d’attention portée aux deux.
Hamelin analyse avec brio la discrimination et l’inégalité des congés envers les pères lorsqu’ils veulent obtenir un congé parental et la nécessité de ceux-ci pour une meilleure répartition des tâches parentales dans le couple. Autant par des témoignages que des statistiques et comparaisons avec d’autres pays, cette implication dès le début du père permettrait une plus grande égalité des sexes puisque ceux-ci poursuivraient le partage des tâches et du développement au sein du couple. Cela permet aussi à la femme de ne plus être tenue pour seule responsable du développement de l’enfant ou d’être discriminée ou de manquer des opportunités à l’embauche ou lors des congés parentaux à cause de ses enfants. Gros bémol: cet essai ne semble presque s’adresser qu’aux couples hétérosexuels. (Suggestion de Nicolas· Longtin-Martel)

Couverture de Une partie rouge

Une partie rouge
Maggie Nelson, (Éditions du sous-sol)

À L’Euguélionne, on aime Maggie Nelson d’amour: c’est pourquoi nous n’avons même pas eu de scrupules à mettre deux de ses ouvrages dans notre liste de suggestions. Dans ce récit essayistique paru en 2007 dans sa version originale, elle raconte différentes étapes de l’enquête et du procès entourant le meurtre de sa tante Jane Mixer, assassinée puis retrouvée morte dans un cimetière du Michigan en 1969, dont le décès a déjà inspiré le recueil de poésie Jane: A Murder (2005). L’auteure décrit acuité la lourdeur et la violence des procédures judiciaires, les plaidoyers des procureurs au cours desquels sont projetées en boucle les photographies du corps mutilé de sa tante, la résilience de sa famille, leur désir de faire la paix avec le passé et leur volonté que justice soit rendue. Malgré la dureté du propos, les pages se dévorent les unes après  les autres. Véritable maître du storytelling, Maggie Nelson parvient également à mettre en parallèle sa démarche d’écrivaine et le travail des enquêteurs, et esquisse ainsi – sans que l’ouvrage ne prenne jamais l’allure d’une dissertation théorique – toute une réflexion sur la mémoire et la disparition des femmes. (Suggestion de Camille Toffoli)

Suggestions NOUVELLES

Couverture de Le jeu de la musique

Le jeu de la musique
Stéfanie Clermont, (Le Quartanier)

Dans ce premier livre, Stéfanie Clermont met en récit dans une écriture simple, mais juste et sensible, le passé, le quotidien et les destins croisés d’un groupe de jeunes gauchistes. Les jobs alimentaires trop peu valorisantes, les visites angoissantes au centre local d’emploi, les voyages sur la Côte Ouest, les débats enflammés, les lendemains de veille difficiles, les premières expériences sexuelles et les aléas de la vie en colocation: elle pose sur une foule situations un regard lucide, mais jamais paternaliste, avec un sens du détail qui crée une impression de vérité et confère à chaque micro-récit un caractère authentique. La plus grande force de ce recueil de nouvelles réside dans la capacité de son auteure à rendre aussi bien la détresse partagée par des ami.e.s après le suicide d’un de leurs proches, que l’intensité des coups de foudre amoureux ou la complexité des relations familiales. (Suggestion de Camille Toffoli)

 

Suggestions LIVRE ILLUSTRÉ

Couverture de Pourquoi les filles ont mal au ventrePourquoi les filles ont mal au ventre
Lucile de Pesloüan, Geneviève Darling (Isatis)

L’album Pourquoi les filles ont mal au ventre lance une nouvelle collection pour adolescent.e.s chez les éditions Isatis. Ce petit manifeste féministe, à l’origine un mini- zine de Shushanna Bikini London, est ici merveilleusement illustré par Geneviève Darling (Lovestruck Prints) et repensé pour intéresser un public jeune. Cet album aux couleurs pastels est revendicateur et très inspirant. L’ouvrage aborde entre autres  le sexisme « ordinaire », la socialisation genrée, l’hétéronormativité et le racisme. Les illustrations parfois caricaturales pour montrer l’incongruité de certaines normes, d’autres fois mettant en valeur des femmes* fortes et fières, rendent encore plus percutants les arguments pourquoi « les filles ont mal au ventre »… Cet album sera plaire aux plus jeunes féministes, mais aussi aux plus expérimentées. (Suggestion de Sandrine Bourget-Lapointe)

Suggestions ROMAN

Couverture de Mercy Mary PattyMercy Mary Patty
Lola Lafon, (Actes Sud)

1974, en Californie, Patricia ‘’Patty’’ Hearst, fille du propriétaire d’un groupe de médias reconnus se fait enlevé par un groupe de révolutionnaire. La famille et la société s’engagent à la retrouvée et le cas fait la une des médias. Après un revirement de situation ou la jeune femme décide de se retourner contre sa famille et d’épouser la cause révolutionnaire, Gene Neveva, une professeure d’Université et ancienne militante est approchée pour témoigner à la défense en faveur du lavage de cerveau. Elle engagera, pour ce faire, Violaine, une jeune étudiante avec qui elle travaillera à éplucher les dossiers pendant 15 jours. Le récit fictif que tresse avec sensibilité Lola Lafon, raconte des femmes qui ont refusé leurs milieux d’origine et qui tentent, tant bien que mal, de faire mémoire — là où la société, les médias, la justice effacent les résistances et fait taire la force d’action et de pensée des femmes. Entre réalité et fiction, Lafon rend compte de cette difficulté à faire la lumière sur les histoires qui nous sont racontées. Devant certains mensonges, certains noirs, il ne nous reste peut-être que la littérature. (Suggestion de Marie-Ève Blais)

Couverture de Les argonautesLes Argonautes
Maggie Nelson, (Triptyque)

Les Argonautes est un gros coup de coeur, il s’agit de la traduction, FAITE AU QUÉBEC par le merveilleux Jean-Michel Théroux, du très célèbre livre The Argonauts (2015). Maggie Nelson est poète, essayiste et professeure de création littéraire et tout cela se perçoit dans son récit. À partir du récit autobiographique, en s’inspirant de plusieurs penseur.euse.s pour la plupart queer et féministes, Maggie Nelson aborde l’écriture, le sexe, l’amour, la parentalité queer et l’expérience de la grossesse avec une grande intelligence. Le récit est donné par fragments dans une grande fluidité sans chapitre, rendant ce livre  simplement impossible à refermer. La traduction, fidèle au texte et au style de l’auteure, permet aux francophones de découvrir ou encore redécouvrir (oui oui, ça vaut la relecture) ce texte de Maggie Nelson. Il est évident que Maggie Nelson est une des grandes écrivaines féministes de notre époque. Nous avons été enchantées d’accueillir le lancement de cette traduction le 2 octobre prochain. (Suggestion de Sandrine Bourget-Lapointe)

Suggestions FANTASY

Couverture de Sorcières associéesSorcières associées
Alex Evans (actusf)

Deux sorcières, Tanit et Padmé, se retrouvent à enquêter sur plusieurs mystères à la fois: un vampire, pourtant parmi les créatures les plus puissantes, se retrouve esclave d’un homme qui le force à tuer, une usine embauchant des zombies se retrouvent constamment sabotées et un marchand désire retrouver une amulette avec un symbole de Kraken qu’il a perdu.

Ce roman met en scène un univers fantastique extrêmement réaliste et diversifié où les communautés à ses propres mythologies, cultures, croyances et histoires rendant les explorations dans la ville propice à de véritables découvertes aussi mystérieuses que fascinantes. Un travail de cosmogonie vraiment fascinant où les interactions entre les différents êtres magiques ou non sont le fruit d’une histoire complexe et fascinante qui nous est dévoilé petit à petit. C’est aussi un roman assez accrocheur au niveau de l’enquête! Aisément parmi les meilleurs romans de fantasy que j’ai pu lire dans les dernières années et très lisible pour un public plus jeune.

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